Interview de Patrick Dheur – le compositeur belge qui célèbre le centenaire du Festival international de musique « L’Été de Varna »
Le compositeur Patrick Dheur revient à Varna en 2026 pour présenter une œuvre créée par lui spécialement pour le festival de Varna. Ce Concerto sera interprété par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, avec le compositeur au piano.
Patrick Dheur est né à Liège. Pianiste, compositeur et écrivain, formé au Conservatoire Royal de Liège, il se perfectionne auprès de maîtres internationaux tels que Lucette Descaves à Paris, Nikita Magaloff à Genève et Léon Fleisher à Baltimore. Il mène une carrière de concertiste international et collabore avec de nombreux orchestres. En tant que compositeur, il est l’auteur de plus de 45 œuvres. Dans ses livres (« Le piano dans l’âme », « Composer avec le monde. Sept notes pour se comprendre », « La Musique du bout des doigts ») il partage sa passion pour la musique. Il a été nommé citoyen d’honneur de la ville de Liège en 2018.
Spécialement pour le Festival international de musique « L’Été de Varna » il écrit deux œuvres : « Ouverture symphonique en forme d’Espérance » (Op. 43), interprétée pour la première fois lors du concert d’ouverture du festival en 2024 et le Concerto pour piano et orchestre à cordes, op. 49 « Les mains réunies », dont la première est prévue pour le 29 juin 2026.

– Vous créez une œuvre pour le Festival de Varna pour la deuxième fois. Quels sont vos souvenirs du festival en 2024 pour lequel vous avez créé « Ouverture symphonique en forme d’Espérance » ?
– Le Festival de Varna a été pour moi une véritable révélation. J’ai tout de suite apprécié l’esprit de collaboration et de partage entre les musicien·ne·s, ainsi que l’accueil chaleureux du public. Festival chargé d’histoire, il sait perpétuer son héritage tout en restant vivant et actuel. Le niveau musical y est remarquable, et le cadre offre un équilibre idéal entre travail et détente – parcs, plages et une gastronomie de grande qualité. La création de mon « Ouverture en forme d’espérance op 43 » par le Varna State Opera Symphony Orchestra, sous la direction inspirée de Konstanton Ilievski, a été un moment intense. J’y ai senti le professionnalisme et l’engagement de chaque musicien. Une vraie collaboration est née : le chef d’orchestre — lui-même compositeur — a porté une attention minutieuse à chaque détail. Cet échange artistique, profondément marquant, reste gravé dans ma mémoire, tout comme la chaleur du public.
– Le Concerto pour piano et orchestre à cordes, op. 49 (Concerto des mains réunies) sera interprété à Varna pour la première fois. Comment est née l’idée de consacrer une œuvre au 100ème anniversaire du Festival musical de Varna ?
– Lorsque le directeur musical Mario Hossen m’a parlé du centenaire, l’idée s’est imposée naturellement. J’avais depuis longtemps le désir d’écrire ce concerto dans une forme originale. Il fallait une création à la hauteur d’un tel anniversaire : j’ai puisé dans mon expérience de pianiste‑concertiste et de compositeur. En réunissant ces deux dimensions et en intégrant l’esprit de partage et de joie du Festival de Varna, j’ai mené ce projet en quelques mois. En présentant l’idée à l’Orchestre Royal de Wallonie, ils l’ont immédiatement adoptée. Je travaille régulièrement avec cet orchestre en Belgique, pour lequel j’ai joué comme soliste et composé de nombreux opus. Ce concerto sera également repris plusieurs fois en janvier‑février 2027 en Belgique.
– Selon vous « ce défi, loin d’être un handicap, devient l’allégorie de la force intérieure : là où l’on croit voir une faiblesse, naît une puissance nouvelle ». Quelle est l’origine de cette philosophie qui accompagne la création d’une œuvre musicale ?
– Mes compositions s’inspirent souvent de mes lectures, de mon cheminement philosophique et spirituel, et des impressions nées des situations particulières que la vie met sur notre route. Ces éléments déclenchent en moi des émotions que je traduis ensuite par une expressivité musicale spécifique – ce que j’appelle la « mélancolodie ». J’ai besoin de motifs, de mélodies, mais aussi d’une forme musicale qui serve ce que je cherche à exprimer. Le concerto est un cadre exigeant pour le soliste : il conjugue virtuosité, maîtrise, rigueur et liberté. L’emploi des mains séparées est un défi technique pour le pianiste et un enjeu d’équilibre sonore pour le compositeur.
– Est-ce que César Franck est votre compositeur favori ?
– César Franck est en effet un compositeur qui a marqué toute ma vie. Sa vie, son œuvre et sa personnalité révèlent des secrets bien gardés : l’enfant prodige abîmé par son père ; le virtuose du piano qu’il fut très jeune ; l’artiste incompris dont la carrière sembla interrompue pendant trente ans ; l’inspiration mystique prononcée ; une écriture harmonique ouverte vers le modernisme ; et, dernier point, un compositeur qui a su amplifier et prolonger les formes musicales abouties de la tradition allemande pour créer des ensembles d’une remarquable complexité. J’ai abordé l’intégralité de sa musique pour piano, ses concertos et la musique de chambre pour piano et divers ensembles, qui représentent un travail très inspirant. Pour répondre à votre question : je n’ai pas de « compositeur favori », car il m’est impossible d’en choisir un seul !
– Vous êtes aussi écrivain. Qu’est-ce qui vous inspire à raconter votre vie musicale avec des mots ?
– J’aime parfois révéler mon attachement et ma vocation de musicien par la littérature. J’aime aussi « composer » avec les mots : explorer des approches différentes, parfois inattendues, qui naissent de ma passion pour la musique. J’apprécie les métaphores qui permettent de communiquer avec plus de réalisme des conceptions parfois complexes de l’art musical – on ne peut pas toujours traduire certaines images par des sons. Dans deux de mes cantates, « L’Évangile de Jean » (pour chœur, solistes et orchestre) et « La Clé des mondes » (pour chœur d’enfants, piano, baryton et orchestre), j’ai également écrit tous les textes. J’aime l’idée des fusions et des transformations.
– Quelles sont vos pensées pour le 100ème anniversaire du Festival de Varna ?
– Je suis convaincu que cette édition sera exceptionnelle. Mario Hossen a redoublé d’efforts pour réunir une palette d’ensembles, solistes et chambristes, nationaux et internationaux, autour d’une vision fédératrice et humaniste. Cent ans font de Varna l’un des plus anciens festivals encore en activité – le fruit d’une longue tradition transmise de génération en génération. Je suis très heureux et honoré de participer à ces moments qui, pour moi, sont autant de symboles d’espérance pour l’avenir.







