Pierre Cuche : un belge qui préfère Varna

Pierre Cuche a travaillé comme instituteur dans l’enseignement catholique à Bruxelles. Il est père de 6 enfants, l’un adopté. Tous déjà sont venus en Bulgarie. Doté d’un bon sens de l’humour il apprécie beaucoup la capacité des bulgares à rire et leur gentillesse.

Depuis quand êtes-vous à Varna ?

Le 3 décembre cette année il y aura 8 ans. Je suis venu ici comme beaucoup d’autres étrangers pour une femme. J’ai rencontré une bulgare en Belgique. Je lui avais promis que quand mes enfants seraient majeurs, je viendrais habiter en Bulgarie. Et j’y suis. J’étais instituteur en Belgique. Plus tard j’ai fait une licence (masters actuellement) en psychologie et pédagogie. Mais en 1995 j’ai arrêté de travailler parce que je suis devenu sourd. On m’a mis en retraite et je me disais que grâce à mon diplôme en psychopédagogie j’allais retrouver du travail sans problèmes parce que j’avais 20 ans d’expérience pratique. Je n’ai jamais retrouvé de travail en Belgique. J’ai fait des petits boulots parce que j’étais divorcé et j’avais 5 enfants à charge. J’ai fait ça jusqu’en 2007, année de la majorité de mon dernier enfant. J’ai alors vendu ma maison et je suis venu ici. J’ai acheté une maison à Borovets, à côté d’Asparouhovo, à Varna. Dès 2009, mon couple a éclaté et je me suis posé la question de savoir si j’allais rester ici ou pas. Finalement je suis resté parce que j’aime la Bulgarie.

Pourquoi aimez-vous la Bulgarie ?

Vous savez, quand j’avais 17 ans un ami m’a invité au Zaïre (maintenant Congo). J’ai été ébloui par ce pays. L’accueil des africains était extraordinaire. La gentillesse de ces gens extrêmement pauvres qui n’avaient rien m’a touché. J’ai alors fait le projet d’aller vivre en Afrique. Puis la vie en a décidé autrement – j’ai rencontré une femme, j’ai eu 5 enfants, je suis devenu instituteur et je suis resté en Belgique. Puis, après mon divorce, quand j’ai rencontré la bulgare, je suis venu à Varna et j’ai été accueilli comme un prince. Ces gens à Varna n’étaient pas riches, je crois qu’ils on fait des économies pour arriver à m’offrir un tel accueil et ça m’a rappelé mon expérience en Afrique. Je peux dire que la société bulgare est très différente de la société capitaliste belge. Je ne parle pas en terme de politique mais au niveau de la mentalité. Les gens sont très solidaires, très sociaux.

Vous pensez que les gens sont plus unis ?

Oui, ils sont beaucoup plus unis, les familles me semblent plus unies et les amis sont des amis. Parfois quelqu’un peut prêter ses derniers 20 léva. En Belgique  c’est hors de question. Si vous me demandez une cigarette, je regarderai d’abord l’état de mon paquet et si je n’en ai que 5 ou 6, vous n’aurez pas de cigarette. En Bulgarie si je demande une cigarette et qu’il vous en reste une, vous allez me la donner. Je suis ébloui par ce genre de mentalité. En Belgique, dans les pays capitalistes, c’est d’abord  « Moi ». Vous avez une mentalité extrêmement solidaire. C’est comme ça que je vois les choses. Bien sûr que je suis tombé sur des gens qui m’ont demandé 5 fois le prix parce que je suis belge, mais je parle des bulgares en général. Partout où je vais, les gens sont accueillants et gentils, ouverts et cherchent à me comprendre. Quand je suis venu il y a 8 ans, j’ai acheté une maison qui n’était pas finie. Je devais acheter du matériel – d’électricité, de plomberie, des choses spécifiques. Je ne connaissais pas les mots en bulgare mais quand j’allais dans les magasins, les gens cherchaient à me comprendre, on me donnait un papier et un stylo pour dessiner ce que je cherchais. Les bulgares cherchent à comprendre et à aider. Un autre cas : je me souviens, une fois j’étais tombé en panne, au mois de janvier, sur l’autoroute, à 20 km. de Devnya. J’ai réussi à arriver à Devnya. C’était un dimanche, 9 heures du soir. Il fallait réparer 2 pneus. J’étais coincé, j’étais loin de Varna et je ne pouvais pas rentrer avec seulement 3 roues en état. J’ai commencé à demander aux gens qui s’arrêtaient s’ils connaissaient quelqu’un qui pouvait réparer mon pneu. Un moment j’ai vu un monsieur s’arrêter, il avait deux enfants dans la voiture et il m’a aidé. Je lui ai demandé si je pouvais lui proposer quelque chose mais il a refusé. J’ai été touché par cette gentillesse, en Belgique vous pouvez rester toute la nuit sur la route.

Autre chose que je peux mentionner, c’est l’humour. Je suis un horrible monsieur qui adore « emmerder » les gens. (rires) Ici j’apprécie le sens d’humour des femmes, elles prennent l’humour pour de l’humour et on peut rire. En Belgique si je dis juste comme ça à une fille qui travaille dans un café : « Oh, comme vous êtes jolie, qu’est-ce que vous faites ce soir ? », je vais recevoir une claque et la sécurité va venir me chercher. Ici je peux me le permettre. Bien sûr l’humour n’est pas venu quand je suis arrivé en Bulgarie, mais en Belgique je devais faire très attention à ce que je disais. Ici je peux franchement faire des blagues et je sais que dans plus de 80 pour cent des cas les gens vont rire.

Ce que j’aime aussi en Bulgarie, c’est la météo Vous avez un été et vous avez un hiver. En Belgique il pleut. Je n’aime pas le froid mais j’aime la neige. C’est très beau.

Je prends souvent le bus quand ma voiture est en panne. Je suis très étonné par le calme dans les transports publics. A Bruxelles il y a des bagarres tout le temps. Je vois aussi des filles qui sortent seules le soir, quand il n’ y a plus personne en rue et qu’il fait noir. Elles se promènent et il n’y a pas de problèmes. Je me sens en sécurité en Bulgarie.

Est-ce que vos enfants sont venus en Bulgarie ?

Oui, tous sont déjà venus. Ma dernière fille est venue cet été, elle voulait prolonger son séjour …

Avez-vous des endroits préférés en Bulgarie ?

J’aime beaucoup Véliko Tarnovo. J’ai rencontré un professeur de français à l’université qui m’a fait faire un petit tour à Veliko Tarnovo en m’expliquant un peu. Cette année je suis retourné à Veliko Tarnovo avec un de mes anciens professeurs de l’université en Belgique. On est allé à Gabrovo, à Etara. Une jeune étudiante en Français de l’université nous a guidés dans Veliko Tarnovo, et une gentille connaissance bulgare, professeur de Français nous a organisé notre escapade de 3 jours jusque dans ses moindres détails. J’ai vécu toute ma vie à Bruxelles, les grandes villes ne sont plus si intéressantes pour moi. Je connais aussi quelques villages bulgares. J’ai visité plusieurs fois un petit village dans la région de Targovishte. Je dirais, en tant que belge, que si je dois habiter dans ce village comme touriste, c’est pittoresque. Mais comme je connais déjà un peu la Bulgarie, quand je vois le puits au centre du village – les gens n’ont de l’eau à la maison que depuis quelques années – je me dis que c’est une manière de vivre que je ne suis pas certain de vouloir partager. J’aime aussi beaucoup Nessebar, du moins la vieille ville, très jolie…

Quel est votre endroit préféré à Varna ?

J’aime le parc maritime et la grande allée avec les statues, le piétonnier, le « Pazar », le grand mall, Pobiti Kamani, les Thermes romains … Ça je montre à tous ceux qui me rendent visite…

Y a t-il quelque chose que vous ne comprenez pas de contre culture? 

Oui, évidemment, il y a des différences. Ce qui me surprend le plus ici ce sont les superstitions. En Belgique, en France, dans les pays de l’Occident on est très rationnel. Les choses s’expliquent et si elles ne s’expliquent pas, on dit : « On ne sait pas mais on va savoir ». Ici c’est Dieu. Par exemple chez nous il n’existe pas l’habitude de couvrir le miroir si quelqu’un est mort dans la maison. J’ai vu dans les villages des coins avec des icônes dans les maisons. On ne peut plus voir ça en Belgique. On ne vous dira jamais en Belgique de ne pas faire un compliment à quelqu’un pour ne pas faire venir les mauvais oeil. Au niveau de la mentalité bulgare ça c’est très différent mais ça ne change pas beaucoup ma vie. Je trouve aussi que les bulgares sont nationalistes, ils sont fiers d’être bulgares bien que beaucoup de gens quittent le pays pour aller à l’étranger. Je comprends ça, c’est pour des raisons économiques. C’est vrai qu’en Belgique les prix sont 3 fois plus élevés qu’ici mais quand même une caissière bulgare gagne 400 leva, 200 euros, alors qu’en Belgique, son salaire est d’environ 1300/1400 euros.

Avez-vous quelque projet que vous voulez réaliser en Bulgarie ?

J’en suis à l’idée de faire un livre sur l’enseignement depuis 20 ans. Cela fait partie de mes projets. Cela m’intéresserait de rencontrer des pédagogues bulgares qui parlent français pour qu’ils m’expliquent le système d’enseignement en Bulgarie. Je suis ébloui par l’état des écoles à Varna et même dans les villages. Les écoles sont entretenues, il y a de la place pour jouer. Le matériel scolaire est beau et même luxueux. Vous avez un souci pour que les enfants aient un quotidien le plus agréable possible. Toutes les écoles ont un grand parc. Cela m’a fort étonné au début.

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