« Impressions de Varna » – Henry Wharton Shoemaker

Cet article est paru dans le quotidien « La Bulgarie » du 30 août 1930. L’auteur Henry Wharton Shoemaker a occupé le poste d’ambassadeur des Etats-Unis en Bulgarie pendant trois ans (1930-1933).

Je viens justement de rentrer de ma troisième visite à Varna cet été, ayant passé en tout quatre semaines dans cette si agréable station balnéaire. Je peux dire en toute franchise que Varna est en réalité un des plus beaux sites de ce genre dans le monde entier.

Le phare du Port de Varna

J’ai été dans la plupart des stations balnéaires des Etats-Unis, à Atlantic City, Rehoboth, Palm Beach et Miami, dans les baies de la Nouvelle Angleterre, dans le Golfe du Mexique et sur la côte du Pacifique. J’ai visité les stations balnéaires de l’Angleterre, y compris Brighton ; j’ai été en France, à Dauville, en Italie, sur la côte ouest et au fameux Lido, mais nulle part je n’ai trouvé comme à Varna si admirablement combinés les attraits d’une station balnéaire. La forme en fer à cheval du beau golfe avec loin derrière l’horizon la mystérieuse Russie ; au nord les grands vignobles avec la rangée de spacieuses villas bordée de trembles et de hauts peupliers qui se termine par la tour du magnifique palais d’été de S. M. le Roi « Euxinograde », derrière lequel se trouvent les ruines de l’ancien port vénitien à moitié cachées dans la verdure ; au sud les phares , les collines ondoyantes et les superbes forêts de chêne qui s’allongent dans la direction de Bourgas. C’est une vision d’un charme si pur qu’on ne peut l’oublier. Ajoutez à cela une légère brise qui ne tombe jamais et qui vous rend l’humeur gaie. On ne comprend d’ailleurs pas comment le thermomètre peut marquer des chaleurs aussi grandes. L’aspect innacoutumé des bateaux, surtout des pittoresques « lotkas » et des embarcations de pêche ajoutent encore à la beauté du golfe.La pêche est bonne partout autour de Varna. Les types variés de mouettes, d’alouettes de mer et de cormorans sont un des traits les plus attrayants de ce littoral.

Le cap Galata

Il est aussi intéressant d’observer les différents types de la multitude de baigneurs. On est frappé par leur beauté et leur grâce, surtout par le charme des femmes. Les Bulgares sont sans doute une des plus belles races du monde et la civilisation occidentale n’a pas porté ombrage à leur port fier et à leur naturel qui fait leur réelle beauté.
Varna est une jolie ville moderne sur un fond ancien. Les rues propres et bien pavées, les maisons d’affaires et les villas commodes et dégagées respirent la gaité et la prospérité. Les types anciens de maisons à la partie supérieure en bois et la partie inférieure en plâtre ont une architecture unique et on ne se fatigue jamais de marcher autour d’elles, de les admirer et de méditer sur leur étrange association dans l’histoire.
Les parcs et les boulevards de Varna sont ombrageux et toujours la fraîcheur y règne. Le jardin botanique mérite une visite.

Le Casino aujourd’hui

Le Casino est toujours plein de vie et de vivacité et réellement l’avenue à la triple rangée d’arbres qui y conduit, bordées de magasins illuminés, et le Casino lui-même rappellent étonnament la belle ville d’eau française qu’est Vichy. Les promenades le long de la côte, soit au bord même de l’eau, soit sur le devant des villas, conduisent du Casino presque jusqu’au Euxinograde. Modernes et extrêmement attrayantes sont les villas de MM. Bourov, Karakachev, Kouyoumdjiiski, avec leurs courts de tennis soignés, tandis que la végétation tropicale, les arbres géants et les plantes rares de la villa Stantchov laissent croire qu’elle a été transportée toute entière de la Riviera.

La villa Bourov aujoud’hui

L’eau sur la plage est toujours propre et claire ; elle semble émaner de la radioactivité tandis que le sable est considéré comme imbibé d’iode qui donne la santé. Les bains de soleil sont pratiqués sur une large échelle à Varna et par toutes les classes. Bulgares de la société, paysans, visiteurs étrangers, tous fort démocratiquement respirent la sante et la joie sur la plage. Les heures de bain les plus appréciées sont de 10 h. du matin à 1,30 de l’après-midi. Plus tard les plages sont presque désertes. On m’a dit que la saison balnéaire dure de juin à octobre , mais souvent après cette période le soleil continue à briller avec éclat presuque jusqu’à Noël.
Il y a un grand nombre d’excursions variées à faire aux environs de Varna.

La villa Stantchov, aujourd’hui « Karin dom », un centre de jour pour enfants handicapés.

Vers le sud, dans la direction de Bourgas, s’étendent de vastes forêts de chêne. Bien qu’en certains endroits ces forêts aient été impitoyablement détruites, et une contrée qui manque d’eau comme la Bulgarie a besoin de forêts, il reste cependant dans les environs de Varna suffisamment d’arbres pour détecter la vue. C’est un agréable délassement que de s’asseoir au coucher du soleil au pied de ces nobles chênes, d’écouter les chants des chardonnerets et des gros-bec et de contempler les eaux tranquilles de la Mer Noire dont la couleur à l’exception des jours de tempête a les nuances de la turquoise, transparentes comme les eaux de la Biscayne Bay en Floride ou comme celles de la Méditerrannée.

La résidence Euxinograde

Une autre belle excursion à faire est celle au monastère construit dans les rochers. Ses catacombes et ses souterrains datent du 4ème siècle en font un des plus anciens monuments de la chrétiéneté dans le monde. L’ancien couvent St Constantin, maintenant transformé en excellent hôtel, a une très attrayante situation. La plage y est bonne et on y trouve une jolie jetée. On y trouve un restaurant sur une terrasse où l’on peut dîner le soir en contemplant la mer au clair de lune. On peut en faisant un tour en bateau sur le lac se faire une idée de l’importance commerciale et maritime de Varna. Il faut voir aussi à tout prix la station d’hydroplanes. Les différentes fabriques, docks etc. qui s’allongent sur la rive font impression, de même que l’énorme brise-lames. Les oisseaux aquatiques abondent sur le lac et on dit que la chasse est fructueuse ici en automne. La chasse à la caille battait plein au moment où je quittais Varna et pleines étaient les gibecières des chasseurs qui rentraient de chasse. Que l’on aime chasser ou non, Varna et ses environs est un paradis ornithologique et le chant des oiseaux est merveilleux à entendre.

Le monastère Aladja

Les marchands de fourrures font de Varna un petit Leipzig. On peut se procurer à Varna de très belles peaux de loups, ours, chacals, chats sauvages, martres, loutres et autres animeaux qui ont presque entièrement disparu dans le reste de l’Europe. On devrait protéger en Bulgarie par des lois spéciales ces rares spécimens d’animaux sauvages et d’oiseaux pour le plaisir des générations futures.
Les courtes excursions à cheval ou en voiture dans les environs de Varna sont trop nombreuses pour être énumérées ici. Les pittoresques véhicules tirés par des chevaux vont assez rapidement pour être confortables et donnent largement la possibilité de s’engouffrer dans les sentiers pour jouir des brises rafraîchissantes, étudier les types des habitants, les styles de l’architecture, l’agriculture, les jardins, les arbres, les fleurs et les oiseaux aisni que pour admirer les belles vues sur les montagnes ou la mer. On rencontre souvent des paysans à cheval ; des sentiers dans les forêts de chêne et parmi les vignobles abondent de sorte que chevaux de selle pris à Varna rendront encore plus agréables les excursions dans les environs de la ville. Un terrain de golfe sur un des monticules onduleux au sud de Varna aurait un emplacement inégale.

La résidence Euxinograde

De quoi Varna a-t-elle besoin, si besoin il y a, pour que rien n’y manque ? Un hôtel moderne du type des grands hôtels européens sur l’emplacement maintenant occupé sur la hauteur escarpée par la pension Geelmuyden d’où la vue s’ouvre sur les quatre côtés, que toutes les brises carressent et que quelques marches mettent en communication avec la plage de famille. J’ai été l’hôte de la pension Geelmuyden. C’est propre, confortable, commode et fort bien tenu. La famille Geelmuyden est la courtoise et l’amabilité personnifiées. Chaque hôte est l’objet de délicates attentions. La pension a parmi ses hôtes des personnes de distinction parmi lesquelles l’éminent ministre de France à Sofia, M. Henri Combon et sa charmante famille. Les repas qui laissent peu à désirer sont servis dans le jardin dans des kiosques couverts de vignes que les brises agitent constamment et d’où une belle vue s’ouvre sur les vagues de la mer visible à travers les déchirures des arbres. On m’a dit que la pension Geelmuyden veut acquérir de de nouveaux terrains pour étendre son parc. S’il en va aisni, le site sera conservé pour un hôtel du type américain géré par un Suisse compétent du calibre de l’immortel M. Ritz lui-même. Les autres hôtels et pensions à Varna sont gérés par leurs propriétaires et sont d’ordinaire pleins. Il y a des accommodations pour toutes les bourses et le nombre des paysans et des montagnards qui viennnet à Varna faire leur bain le dimanche est probablement plus grand que dans n’importe quelle autre lieu semblable du monde. Les routes à Varna sont bonnes.

Kalofer

J’ai fait six fois le trajet de Sofia à Varna et retour en automobile, accomplissant chaque fois le trajet en quatorze heures, à l’exception du premier voyage lorsque je fis un pèlerinage à Gorna-Oréhovitsa, la ville natale du grand homme d’Etat bulgare M. Athanase Bourov. Mais ma route favorite est celle qui passe par Karlovo, vieille ville montagnarde du temps des Turcs qui en elle même mérite un voyage des Etats-Unis pour être vue, Kalofer, le lieu natal de l’éloquent Christo Botev, la vallée des roses, Kazanlik aux environs de laquelle on trouve une forêt réellement originale de chênes et d’ormes vieille d’au moins huit cents ans, une auberge bulgare séculaire en parfait état, Stara-Zagora, Sliven, Aïtos et Varna.

Stara Zagora – l’ancienne ville romaine Augusta Trayana.

C’est un trajet très pittoresque et les routes y sont en plus grande partie en bonne condition. Le parcours en automobile se fait en douze heures. Comptez une heure pour le lunch dans quelques clairières au bord d’une et une une heure pour explorer la curieuse et étrange ville de Karlovo dont je ne puis jamais me lasser, cela fait en tout quatorze heures. Rien de plus délicieux et de plus réconfortant pour l’esprit que de demeurer assis sous la treille du café, à côté du torrent et en face de la mosquée et d’observer les types pittoresques et beaux des habitants de Karlovo. Mais pour en revenir aux routes, les touristes ne doivent pas craindre de se rendre en automobile à Varna. Ils devraient considérer un tel voyage comme un des plus intéressants en Europe. Lorsque le pont sur le Danube sera construit et que la Bulgarie sera reliée au monde occidental, il y aura une telle affluence de touristes américains et autres qui voudront jouir des bonnes routes et des belles vues bulgares que des hôtels de première classe se dresseront tout le long du parcours et le « Grand Hôtel » de Varna deviendra automatiquement une réalité. Malgré tout il semble y avoir des logements et des restaurants pour toutes les bourses à l’heure actuelle. C’est dommage que Varna n’a pas été choisie comme capitale de la Bulgarie. Maintenant Varna est la capitale d’été. S. M. le Roi et LL. AA. RR. Le prince Cyrille et la princesse Eudoxie y passent la plus grande partie de l’été. M. Liaptchev est un visiteur fréquent. M. Bourov y a une charmante villa. La plupart des membres du gouvernement ont été à Varna cet été où ils ont tenu même un conseil. Les financiers viennent chercher un soulagement à laurs soucis dans la fraîcheur des brises de la mer. Quelque fois on rencontre S. M. le Roi sur la route ou dans les forêts, suivant son chemin comme un simple particulier à la grande joie de ses sujets dévoués. C’est à Varna que la Bulgarie se retrouve elle-même, car c’est certainement dans ces conditions stimulantes que tout ce qui est beau et noble dans un peuple apparaît à la surface et chaque année s’élève le niveau des accomplissements et des aspirations de cette splendide petite nation.

Henry Wharton Shoemaker (1880 – 1958) est un historien, folkloriste, écrivain et homme politique, né à New York.

Cet article est reproduit avec la permission de la Bibliothèque régionale de Varna « Pentcho Slaveykov ».31

Може да харесате още...

Вашият коментар

Вашият имейл адрес няма да бъде публикуван. Задължителните полета са отбелязани с *

Градското Списание